KYUDO LA VOIE DE L'ARC TRADITIONNEL JAPONAIS À PARIS
KYUDO LA VOIE DE L'ARC TRADITIONNEL JAPONAIS À PARIS

KYUDO

Méditation en action

Cet Art des guerriers Samouraïs du Japon féodal où prévaut l'efficacité et le meilleur de soi, est reconnu comme le plus haut niveau des disciplines martiales. Utilisé à la guerre ou lors de cérémonies (en particulier des cérémonies Shintô, tradition spirituelle originelle du Japon dans laquelle le Respect de la Nature et des Eléments est Sacré), il se perfectionne au cours des siècles. Sous l'influence de la Tradition du Bouddhisme Zen il devient une méthode de Méditation en Action puissante et subtile, dans laquelle l'Archer va au-delà de lui-même de manière naturelle, automatique et inconsciente.
L'histoire traditionnelle du Japon est riche en Légendes,en héros, en exploits et en innovations techniques originales. La capacité d'intégration et de perfectionnement des cultures extérieures en fait d'elle-même une culture spécifique et unique dans le monde.
Chaque période historique en est marquée et jalonnée.

A l'origine

Les Chroniques des Choses Anciennes (Kojiki) nous rapportent qu'au commencement de la création, un couple de Dieux-Kamis, Izanaki-no-Mikoto et son épouse Izanami-no-Mikoto, sont Ordonnés pour consolider la terre.

De leurs union et de leurs tribulations sont enfantés un grand nombres de terres et de Kamis. Et en particulier les trois derniers, les trois enfants nobles : l'une AmateratsuÔ Mikami (ou Grande-Auguste-Kami-Illuminant-du-Ciel) née de l'œil gauche d'Izanaki-no-Mikoto préside au ciel et au soleil ;

un autre Tsukiyomi ou Tsukuyomi-no-Mikoto (Majesté-comptable-des-lunes) né de son œil droit, préside à la nuit et à la lune ; et le dernier Haya-Susanoo-no-Mikoto (Majesté-Masculin-Puissant-Rapide-Impétueux) né de son nez, affecté à la mer et au vent, dieu des tempêtes, est rebelle et détient l'énergie volcanique ; il joue, de par son action, un rôle fondamentale dans la créativité.

A travers un serment avec sa sœur divine, Amateratsu, ils enfantent un certain nombre de Kamis dont la descendance aboutira aux lignées humaines impériales.
Amateratsu Okami est décrite dans les Chroniques comme détentrice de l'Arc : " Elle porte au dos son carquois de milles flèches, sur son ventre celui de cinq cent flèches. Le fil de son Arc bruisse contre le cuir de sa manchette gauche. Ses jambes enfoncent jusqu'à l'aine dans le sol dur et éparpillent la terre comme de la neige poudreuse. Elle pousse un cri viril et puissant en se dressant toute droite sur la terre..."
C'est donc par elle que l'Arc sera transmis aux lignées humaines, attaché à l'origine à une fonction lumineuse à travers son symbolisme solaire ; et chargé de la puissance et de la réactivité volcanique de son frère co-procréateur : Susanoo-no-Mikoto.

Les Chroniques poursuivent leur récit en nous contant l'Epopée de la Pacification de la terre (Le Pays-Epis-de-Riz-Très-Fertile-Durant-Mille-Automnes-et-Cinq-Cents-Automnes-dans-les-Champs-de-Roseaux), sur laquelle se trouvent "de nombreux kamis autochtones impétueusement violents". L'Epopée de cette Pacification est intimement liée à "l'Arc-Tirant-sur-le-Daim-Céleste en bois de cirier céleste et la Flèche-aux-Vastes-Ailerons-Célestes" offert, par Amateratsu et Takamimusubi-no-Kami(Kami-de-la-Haute-Production-Auguste) son conseiller, né au commencement de la terre et du ciel ; offert, donc, au Kami Céleste (Jeune-Prince-Céleste) qui descend sur terre pour exécuter cette mission de Pacification. Ainsi les chroniques nous confirment le rôle fondamental de l'Arc en tant qu'instrument, symbole et autorité de Pacification, bien que son usage en soit détourné par ce Kami Célestes corrompu au contact de la vie terrestre. Au final, en raison de cette corruption, ce sera le Sabre (Kami-Solennelle-Queue-Raide-Oiseau) qui conclura cette Pacification à travers son fils (Kami-Masculin-Tonnerre-Violent).

Amateratsu-o-Kami peut alors ordonner son premier fils héritier, Ame-no-Oshiomimi-no-Mikoto (Majesté-Vraiment-Victorieux-Esprit-Impétueux-de-la-Victoire-Epis-de-Riz-Luxuriant-du-Ciel) pour la gouverner ; lequel dépêche son fils unique Amenikishi-Kuninikishi-Amatsuhiko-Hononinigi-no-Mikoto (Majesté-Tranquillisant-le-Ciel-Tranquillisant-la-Terre-Prince-sur-l'Autel-Sacré-Céleste-Epis-Mûris) nouvellement né pour accomplir cette mission. Celui-ci ayant conçu deux fils avec son épouse, la fille de Takamimusubi, transmet cette mission à son deuxième fils Hiko-Hono-Ninigi-no-Mikoto (Majesté-Prince-Epis-Mûris).
Ce dernier, ordonné par Amateratsu de quitter le trône du Ciel et de descendre solennellement sur terre, sera accompagné d'une délégation de treize Kamis Célestes féminines, masculins et asexués chacun doté d'une fonction spécifique. Deux de ces Kamis Célestes "portant chacun son carquois céleste, son sabre à poignée bosselée au côté, prenant chacun son Arc en bois de cirier céleste et saisissant leurs Flèches-Tirant-sur-le-Daim-Céleste, se mirent à son service."
Ainsi l'Envoyé Céleste pour gouverner la terre est accompagné de l'Arc Pacificateur.

La descendance de ce Kami Céleste aboutira après trois générations au premier Empereur du Japon : Kamu-Yamato-Iware-Hiko-no-Mikoto (Majesté-Prince-Iware-du-Yamato-Sacré), dit Empereur Jimmu (ou Jinmu), détenteur-héritier du Grand Arc.

L'histoire nous conte que sur ce Grand Arc de catalpa (Azusa-Yumi) s'est posé un Oiseau d'Or, heureux présage, ce qui lui fit acquérir le pouvoir de disperser le mal par le seul son de la vibration de sa corde.Depuis, les Azusa-Yumi protègent et purifient la chambre secrète du Sanctuaire d'Ise.
Ils sont associés par
couples : les laqués rouges en nombre impairs symbolisent l'énergie de l'homme, les laqués noirs en nombre pairs, dont une est non accouplée, symbolisent l'énergie de la femme.

La préhistoire

Au japon cette période est estimée s'étaler sur dix milles ans, de sept milles av JC à environ trois/quatre cents ap JC. Bien que l'arc fut utilisé pour la chasse ou les guerres tribales, la mythologie rapporte que l'Arc fut introduit par un Dieu-Kami Victorieux. L'histoire planétaire révèle que l'arc apparait à plusieurs endroits en même temps dans des cultures différentes n'ayant aucuns contacts entre elles. Déjà les prémices de l'Esprit du Guerrier dont l'ultime victoire est de se vaincre lui-même, qui va se concrétiser humainement dans "l'Art du Guerrier", est universel et commun à toutes les civilisations, cultures et traditions. 

Dans le Japon de la fin de la période préhistorique, la société des hommes se structurant, l'arc d'un usage pratique et efficace en tant qu'arme se développe également en symbole et instrument de la puissance politique. La mythologie l'avait déjà formalisé avec le premier empereur, fils d'une longue lignée de Kamis, l'Empereur Jimmu décrit et représenté avec un très grand arc, lequel devient alors par là le symbole de son pouvoir temporel. De par son essence divine Jinmu représente la prêtrise et détient un pouvoir spirituel ; de par son Grand Arc il représente l'autorité et l'unité politique de la gouvernance dès lors devenu humaine. Ainsi est déjà en place toute la symbolique universelle et intemporelle du Prêtre-Roi appelé à guider l'humanité vers sont salut ou vers sa destruction. L'arc est dès l'origine préhistorique humaine positionné aussi bien comme l'instrument de la Grâce Divine que comme l'arme capable de tuer et de dominer ; paradoxe qui va accompagner l'humanité tout au long de l'histoire. Déjà l'Arc d'origine divine est détourné de sa fonction purificatrice pour devenir un instrument de pouvoir et de destruction. 

La Chine des Zhou

Cette période, qui va de onze cents à trois/deux cents av JC environ, est caractérisée par une culture imprégnée de rituels. De cette époque, la pensée chinoise va créer les grands systèmes de valeur qui vont durer jusqu'à nos jours, avec, en particulier Lao Tseu, considéré comme à l'origine du Taoisme, et avec Confucius.
Dans les textes anciens parlant de rituels du XII ème siècle av JC sont décrits des cérémonies où l'arc occupe une place prépondérante, ainsi que des rituels complet de Tir à l'Arc qui s'inscrivent dans une vision cosmique de l'univers.
L'Arc et la Flèche sont intimement liés à la formation de la culture chinoise au point de retrouver leur trace dans la composition des caractères de l'écriture. Le rituel chinois à l'origine comporte l'idée de fête, de banquet, de libation,.. et aussi de danses sacrées, demouvements et gestes codifiés sur une musique. Le rite est dès l'origine ce qui structure la vie, la société et la civilisation.

"Les rites ont une disposition grandiose : ils se structurent sur le Ciel et la Terre, ils se conforment aux quatre saisons, ils se règlent sur le Yin & le Yang, ils suivent la nature des sentiments humains. c'est pourquoi ils méritent le nom de rites" écrit un lettré. Le Roi est le gardien des rites, il reçoit le mandat du Ciel. Les chefs de clans sont sélectionnés par le Tir à l'Arc. Les Grands Officiers président les rites de promotion par l'épreuve du Tir à l'Arc. Il s'inscrit dans des fêtes où se mêlent réjouissances communielles et classement des mérites, ainsi se fonde la hiérarchie. Les épreuves de Tir à l'Arc s'inscrivent également dans les rites de renaissance, de renouveau, de purification. " Lorsque le Fils du Ciel allait exécuter un sacrifice, il ne manquait pas de commencer par un exercice de Tir à l'Arc sur le lac, puis dans la salle de tir " dit le Li Ji ou classique de l'histoire de Si Ma Qian (premier siècle).

Le Tir à l'Arc demeure l'épreuve suprême de toute l'éducation. Le Roi met à l'épreuve l'élite du royaume dans des grandes joutes devant le Ming Tang, salle de la Parfaite Lumière ou devant certains Temples ancestraux.

 Tirer juste permet de participer aux sacrifices royaux ; ces joutes ont valeur d'épreuve de pureté. Les participants s'habillent et se coiffent noblement. la cérémonie est musicale et réglée comme un ballet. les instruments de musique dominants sont les cloches et les tambours, ces instruments ont d'ailleurs leur importance lors des batailles. On doit se montrer habile aux beaux saluts et brave dans ses habits. tous les mouvements se font en cadence. La flèche qui n'est point partie sur la note juste ne peut jamais toucher la cible. Les archers doivent toucher au coeur des règles rituelles par leur déplacements. Au dedans, courbe,attitude de l'âme ; au dehors, droite, attitude du corps. ainsi se fait connaître la vertu.

" Savoir, bien en mesure, tirer droit au centre de la cible".

Une bonne tenue est considérée en général comme une offrande de respect. L'habileté à toucher la cible n'est plus qu'un prétexte. Le Tir à l'Arc devient l'expression du degré de raffinement, d'éducation. Après quelques libations, commencent les épreuves proprement dites qui sont de trois sortes : les tirs de démonstration dont les résultats ne sont pas pris en compte ; les tirs ordinaires qui sont pris en compte ; enfin le tir en musique qui est le véritable rituel. Le coup n'est comptabilisé que s'il est parti accordé au rythme ; "touché !" est annoncé sur la note que donne le musicien. Chaque geste est réglé sur la musique et ne laisse au tireur que le temps de jouer son rôle, à condition de ne pas empiéter sur le rôle de ses concurrents.
Les Mémoires Historiques de Si Ma Qian disent :
"Le Tir à l'Arc est la voie des justes rapports humains. C'est en lui-même que le tireur cherche la rectitude de son tir".
"Il ne décoche sa flèche qu'après avoir rectifié son propre comportement. Et si alors il manque le but, il n'en éprouve aucune animosité à l'égard du vainqueur, mais fait retour en lui-même pour chercher seulement en lui les raisons de son échec".
Pour Confucius :

"Comment le tireur peut-il, dans son tir, décocher ses flèches en suivant la cadence de la musique et atteindre sans faute le centre de la cible ? N'est-ce pas là le fait seulement de celui qui est excellent ? Dans le cas d'un homme ordinaire, comment dans ces conditions le but pourrait-il être touché ?"

Une coupe de vin est offerte au vaincu en hommage à sa valeur dans l'épreuve malgré l'échec. C'est un acte de pénitence et de réconciliation. Le Gentilhomme feint de ne chercher la victoire que par humilité afin de décliner la coupe et de passer l'honneur à l'autre. Plutôt que de dire que l'on veut gagner, on décline de vider soi-même la coupe. Le vin, bénéfique selon la tradition, est laissé au vaincu. L'esprit de vendetta est ainsi maîtrisé ; on évite un retour de vengeance en proposant une communion. La défaite a révélé en lui une faute, il doit se purger d'une vertu mauvaise ; en même temps on le réhabilite en effaçant le passé.
La déférence n'est pas un respect de l'autre en tant que personne humaine, elle est respect de l'ordre de l'univers. Eduquer les hommes c'est les rendre tous respectueux du bon ordre à observer en se conformant aux rites. Ainsi sont les bases d'une société éveillée.

La période ancienne

 L'apogée de l'empire militaire des Zhou (environ 220 av JC) est contemporain de la grande Rome. Il est suivi d'une ère de chaos qui se prolonge jusqu'au VIème siècle ap JC, période durant laquelle s'implante le Bouddhisme en Chine. Alors se constitue l'Empire des Tang encore plus florissant et plus solidement établi que le premier, construit sur les bases culturelles du grand empire précédent et consolidé par l'expansion du Bouddhisme.
Au Japon, après la fin de la période préhistorique se met en place l'état du Yamato, dont les chefs politiques et religieux descendent de la Déesse-Soleil. La présence de cette déesse à l'origine de la lignée impériale et les allusions faites par les écrits chinois à des tribus commandées par des femmes suggère l'existence d'une société matriarcale originale qui n'a disparu que lentement au contact du continent. Vers le VIème siècle, l'Etat japonais du Yamato se concrétise, se strucure sur l'ensemble des îles du sud et certaines parties de la Corée.

 A partir de cette période s'opère une ouverture plus profonde qui se caractérise par une forte influence et imprégnation de la civilisation Chinoise des Tang en expansion. Transposés dans un cadre nouveau, les produits hautement élaborés de cette culture chinoise entrent en symbiose avec les traditions plus frustres de l'Etat du Yamato. Les 'Habitants de Yamato' réalisent alors une synthèse entre les éléments de leur culture primitive et les apports de la civilisation chinoise. En 552 la cour du Yamato adopte officiellement la religion Bouddhiste introduite par les ambassadeurs coréens. Les échanges d'ambassadeurs, d'observateurs et de bonzes vont s'intensifier et permettre au Yamato de se doter d'une structure institutionnelle calquée sur cellede la Chine.

L'étiquette et le protocole de cour chinois est définitivement adopté et avec eux tout le cérémonial utilisé pour le Tir à l'Arc dans l'aristocratie chinoise, hérité du grand empire chinois précédent. Ce protocole du Tir à l'Arc spécifie que les différents doivent se règler en mesurant l'habileté au tir au cours de joutes régies par un code stricte auquel se soumettent les participants de plein accord. Ils doivent témoigner de leur respect mutuel en s'inclinant l'un devant l'autre avant de tirer. Le perdant doit accepter le résultat avec dignité et amabilité, et boire gracieusement à la coupe offerte.
Par la suite, lorsque ce cérémonial du tir chinois sera tombé en désuétude dans son pays natal, il continuera à se développer au Japon où il s'épanouira finalement dans l'Art de l'Arc qui deviendra l'Art du Kyudo au XVIIème siècle.

Les premières Ecoles (Ryu) d'Arc

La réforme institutionnelle qui s'opère à cette époque est largement promulguée par le Prince Héritier Shôtoku Taîshi [574-622], un fils de l'Empereur Yômei. Il est nommé Régent de l'Impératrice Suiko lorsque cette première Impératrice monte sur le trône en 593. Il est un chaleureux défenseur du Bouddhisme, il en étudie la doctrine et les classiques chinois ; il désire, par des lois constitutionnelles, faire du pays la Terre Pure du Bouddhisme. Il parvient à mettre en place un gouvernement centralisé, il institut les douze rangs officiels à la cour ; il promulgue la "Constitution des dix-sept articles", recueil de préceptes tirés du Bouddhisme et de la sagesse Confucéenne. La première utilisation du nom "Nihon" lui est attribué dans les lettres qu'il écrit au nom de l'impératrice Suiko aux Empereurs chinois :
"Le fils du pays où le soleil se lève (nihon/hi idiru) au fils du pays où le soleil se couche..."
Il est à l'origine de la Première Ecole d'Arc : Taîshi Ryu.

Sculpture du Prince Shôtoku Taîshi à Asuka

D'autres Ryu vont se développer, les 'anciens Ryu d'archers' ou anciennes écoles d'Arc : Sagami Ryu fondé par Sagami Okuni, Tomo Ryu fondé par Tomo Kazutake, Itsumi Ryu fondé par Itsumi Kyomitsu...
Les 'Ecoles' structurent les arts traditionnels du japon. Elles reposent sur les principes de rapports de Maîtres à Disciples et de transmission de la responsabilité de l'école de Maître à Successeur. La disparition d'un Maître sans Successeur Désigné entraîne la disparition de l'école. Les dissidences entraînent la création de nouvelles Branches ou de nouvelles Ecoles. Ainsi, en raisonnance avec les cycles de la nature, le système reste vivant, a la capacité de renaître en d'autres lieux, permet de maintenir et d'entretenir la connaissance à travers le temps linéaire. L'histoire de l'Arc, en particulier au Japon, est un jalonnement de disparitions et d'apparitions de pratiques pouvant avoir des caractéristiques différentes, mais dont le fond reste immuable.

Les réformes et grands changements impulsés par Shôtoku Taîshi vont se poursuivre et se consolider après lui. Le clan Nakatomi prendra le pouvoir et le patronyme de Fujiwara et conduira le pays à travers la famille Impériale. La Chine des Tang perdant de son ascendant, le Japon aspirant à son autonomie, le pays va s'installer dans l'isolationnisme, se développer en vase clos et développer sa propre culture de manière autonome en faisant la synthèse de l'ancien local, du récent continental et de l'originalité de sa propre créativité.

De cette époque naîtra les Tanka, poèmes courts de quarante et une syllabes répartis en cinq vers comportant dans l'ordre 5, 7, 5 et 7, 7 syllabes. Ces vers excellent à traduire les plus subtiles nuances d'une émotion, évoquent la fugacité d'un état d'âme, l'évanescence d'une impression, la beauté d'un paysage naturel. Cette forme de poésie sera plus tard utilisé par des Ryu pour transmettre des enseignements subtils ou secrets.

Parallèlement au renforcement du pouvoir politique central et au développement d'une culture raffinée à la cour, les provinces qui alimentent financièrement le pouvoir vont se trouver misent à l'écart, prendre du retard et se désimpliquer du système administratif central mis en place. La noblesse et les monastères vont se réapproprier les terres au détriment du domaine impérial, une décentralisation générale va s'opérer. Les domaines vont s'affranchir et s'ériger en unités politiques et économiques autonomes. Ils vont devenir de véritables états dans l'état et exercer pour leur propre compte les fonctions impériales. Inéluctablement, du VIIIème au XIIème siecle, le Japon va opérer un retour en arrière à travers une organisation clanique et s'installer pour longtemps dans la féodalité.

La période féodale

La privatisation générale des terres qui donne naissance à une résurgence des clans, oblige la noblesse provinciale et les monastères propriétaires à placer des intendants et des régisseurs sur leurs vastes domaines.
Le personnage central de cette société clanique est le Guerrier à Cheval qui à l'origine doit assurer la défense de son clan. Il devient intendant d'un domaine franc et emploi ses talents équestres à le protéger. Habile à manier l'arc et le sabre, revêtu d'une armure de bandelettes métalliques maintenues par des lanières de cuir, il rappelle le Chevalier de l'Europe Médiévale.

Parallèlement aux troupes gouvernementales occupées à mater des révoltes a travers le pays, se constituent des milices privées de guerriers à la solde des Empereurs, des nobles, des monastères et des grandes familles propriétaires de province. Faute de moyens, le système militaires central se dégrade, les bandes de milices privées se développent dans le but de maintenir l'ordre ou de faire la guerre. De cette époque troublée naissent dans la société cette nouvelle classe d'hommes : les Bushis ou Samouraïs.

Valeureux ou sans scrupules, ils prennent une importance considérables dans une société s'enlisant pour longtemps dans un processus tribal de guerres civiles fratricides incessantes. Alimentées à la base par les luttes d'influences que se livrent les familles Impériale et Fujiwara, elles se poursuivent au travers des conflits de succession entre les clans Minamoto et Taïra tout deux issus d'une filiation impériale.

Il devient alors nécéssaire d'organiser la formation des Chevaliers Bushis. Les écoles d'armes se créent et se développent. Les clans de samouraïs les plus importants dépendent de la compétence de ces écoles et en particulier des Ryu d'Archers. Vers le début du XIIème siècle Henmi Kiyomitsu crée Henmi Ryu, première Ecole d'Arc organisée avec des méthodes systématiques d'enseignement pour les Bushis.

Au IXème siecle à la demande de l'Empereur Uda, le Prince Yoshiari dépèche un successeur, Takeda Nobumitsu, de crée une Ecole d'Archers à Cheval qui sera connue sous le nom de Takeda Ryu (de nos jours : Takeda Kyubadou Yabusame).

A la fin du XIIème siècle, un autre successeur Ogasawara Nagakiyo (1161-1242) créera Ogasawara Ryu, qui sera plus spécifiquement orientée vers le Tir de Cérémonie Formelle et le Tir à Cheval.
Durant cette période féodale, vont émerger des figures légendaires de Samouraïs dont les exploits et les actes de courage vont s'inscrire dans les mémoires.

En 1156, une première guerre oppose les clans Taïra et Minanamoto, la rébellion Hôgen, à laquelle participe un certain Minamoto no Tametomo (1139-1170). On le dit exceptionnellement grand et puissant et il possède un arc très fort. Vivant isolé sur l'île d'Oshima à Izu, qu'il considère comme son domaine propre, il refuse de payer les taxes au gouvernement central qui envoi une armada de vingt petits bateaux de guerre pour le forcer à payer. Relevant le défi, il tire une grosse flèche à la pointe en forme de bulbe en direction de la flotte et transperce de part en part la coque en bois d'un bateau qui se met à sombrer. A la vue d'un bateau de guerre coulé par une seule flèche le reste de la flotte bat en retraite.

Minamoto no Tametomo expulsant les démons
Minamoto no Tametomo
Un certain Minamoto no Yorimasa (1106-1180), poète et guerrier, aussi connu sous le nom de Gensammi Yorimasa participe lui aussi du côté du clan Taïra à cette première guerre de 1156 ainsi qu'à la suivante, la rébellion de Heiji, en 1160. Ces deux premières guerres verront la victoire du clan Taïra. Puis, il sera chef des armées du clan Minamoto en 1180 au début de la troisième, la fameuse guerre de Gempei qui va durer jusqu'en 1185 et qui verra la victoire du clan Minamoto. Au déclanchement de cette guerre il tentera sans succès de sauver le Prince Mochihito.
En plus de ses faits d'armes et de sa sagesse politique il est loyal et fidèle à la lignée impériale. La légende rapporte qu'en 1153 l'empereur Konoe tombe malade de terribles cauchemars à cause d'un nuage sombre qui se matérialise à deux heure du matin au-dessus du palais impérial de Kyoto. Minamoto no Yorimasa se met une nuit en faction sur le toit et décoche une flèche dans le nuage noir hors duquel tombe mort un nue, créature maléfique polymorphe et chimèrique légendaire. Il jette le corps dans la mer du Japon et l'empereur retrouve la santé. Son Arc deviendra le fameux Hama-Yumi exorciste destructeur des maléfices dont le culte de purification sera mis en place par la suite au XVIème siècle.

Minamoto no Yorimasa tuant d'une flèche un démon chimère nue avec son Hama-Yumi en 1153

" C'est durant l'époque du Shogun Tokugawa que le Hama-Yumi prit naissance. Le hama-yumi ou le destructeur du mal est utilisé comme un moyen de purification, pour purifier l'environnement et son propre esprit. L'image Bouddhiste d'Amitabha le représente parfois tenant un Yumi et une flèche. Pourquoi l'idéal Bouddhiste de Paix et de Compassion est-il connecté avec des armes de violence ? Parce que ce ne sont pas des armes de violence, mais des Armes de Purification. Haya, la première flèche sert à exorciser. Otoya, la deuxième flèche, symbolise la venue du bonheur une fois que la purification est faite."

Kanjuro Shibata XX Onyumishi

En 1185 à la fin de la guerre de Gempei, un certain Nasu no Yoichi (env. 1169-1232) réalise un exploit qui concluera la victoire du clan Minamoto. Il fait preuve d'une adresse exceptionnelle au cours de la bataille navale de Yashima. Une puissante armée des Minamoto ayant forcé les Taïra à se retirer sur leurs bateaux près des côtes de la mer intérieure, ceux-ci perdent presque toute leur flotte au cours du combat qui suit. Ne voulant pas accepter la défaite, ils défient alors les archers Minamoto d'atteindre un éventail au bout d'une longue perche sur un bateau à environ une centaine de mètres du rivage, clamant qu'il protègerait leur navires des flèches et espérant faire gaspiller de précieuses flèches aux Minamoto. Nasu no Yoichi relève le défi et s'avançant sur son cheval dans la mer agitée, il se prépare à tirer. Ayant prié les dieux d'apaiser le vent et de guider sa flèche, le vent tombe et la mer se calme. Il lève alors son Arc, prend le temps de tirer et laisse voler sa flèche qui tranche la base de l'éventail le faisant culbuter dans la mer. Après un temps de silence, les guerriers des deux camps hurlent d'admiration. Il deviendra plus tard moine Bouddhiste de la secte Jôdo Shin.

Nasu no Yoichi 

Parallèlement dans ce chaos politique et militaire émergent une culture et des Arts originaux, enrichis et stimulé en particulier par le Bouddhisme Zen introduit dans le pays en 1191. Alors que se développe politiquement d'un côté une éthique morale du devoir par opposition à une obligation juridique, d'un autre côté le Bouddhisme des sectes, dénaturé, va connaître une expansion à travers tout le pays. Le Zen s'alimentant à une double tradition indienne et chinoise, apparaît alors comme une réaction des principes taoistes face au Bouddhisme des sectes.
S'inspirant de Lao Tseu, les taoistes par la Contemplation s'unissent à la Force Supérieure et Universelle résultant de l'alternance de Deux Principes Complémentaires le Yang et le Yin. Cette pratique contribue ainsi au développement du sentiment de la nature.

 Le Zen par une pratique rigoureuse physique et mentale dépouillée permet d'appréhender la Vérité et l'Unité du Cosmos. Il débouche sur une esthétique austère proche de la nature et fondée sur une extrème frugalité plastique et picturale. Ainsi vont se développer des Arts tels que l'Arrangement Floral, l'Art des Jardins, la Cérémonie du Thé,...

Les Samouraïs imprégnés d'idéal spartiate et de devoir moral vont être séduits et, dès lors, vont aller chercher dans le Zen une réponse à leur aspirations philosophiques et spirituelles. Ils vont y trouver une règle de vie et de comportement qui leur donnera une efficacité au combat incomparable. De la va naître le Code d'Honneur des Samouraïs,appellé Kyuba no Michi le Chemin de l'Arc et du Cheval. Il sera appellé plus tard, au XVIIème siècle Bushido : La Voie du Guerrier. Le Samouraï s'efforce de développer en lui des vertues telles que : maîtrise de soi-même, courage, bienveillance, justice, rectitude éthique, loyauté, fidélité, sincérité, dignité, politesse, esthétique, mépris de la mort,...

Merci à Eddie pour cette Belle Image
Minamoto Yoritomo, souhaitant entrainer ses Bushis selon des rêgles plus rigoureuses, avait chargé à cette époque Ogasawara Nagayiko (1161-1242), fondateur de Ogasawara Ryu, d'enseigner le Tir à Cheval. Le tir monté est dès lors enseigné d'une manière systématique et impulse une nouvelle dimension à l'Art de l'Arc. Ogasawara Ryu existe toujours de nos jours et continu à transmettre des Enseignements éprouvés par une longue tradition.
Merci à Toi pour cette Belle Image


Deux évènements d'importance vont alors marqué le Japon tant sur le plan moral de la remise en cause que sur le plan spirituel de la confortation : ce sont les deux tentatives d'invasion Mongole des troupes de Kubilai Khan en 1274 puis en 1281 ; lequel avait soumis la Corée en 1259, puis la Chine en 1276. Pour la première fois le Japon est menacé sur son propre territoire. Cette menace réunifie pour un temps les forces militaires vitales du pays au-dela des intérêts privés et les confrontent à leur faiblesse devant une telle menace. Sur le plan de l'Archerie la très nette supériorité des arcs et des archers Mongols surprend les défenseurs Bushis.

Bien que ceux-ci firent preuve d'un grand courage, c'est finalement les éléments naturels qui feront replier la flotte Mongole par le mauvais temps en 1274 et qui la détruira par un typhon en 1281. Cette intervention de la providence sera saluée comme sacrée et le typhon sera baptisé Kamikaze ou Vent des Kamis. 

Archers Mongols

***

Après ces évènements les conflits intérieurs reprendront de plus belle tels une machine emballée qui ne peut s'arrêter. Le pouvoir qui était passé du clan Minamoto au clan Hojo, va passer alors au clanAshikaga. Sous leur gouvernance les seigneurs locaux vont s'affirmer, prendre le nom de Daimyo et se muer en suzerain locaux au détriments des Bushis indépendants dont le statut social régresse.

Cette période, âge d'or de l'esthétique Zen, voit apparaître (vers 1350) le premier genre dramatique japonais : le ou Nogaku. Inspiré par les moines, ce drame lyrique est à l'origine destiné à enseigner au spectateur des éléments du Bouddhisme ; son genre dépouillé et concentré le raproche des arts du Zen. Issu des anciennes danses religieuses du Japon primitif il associe un élément chorégraphique à des récitatifs poétiques repris en alternance par le choeur et les acteurs, son symbolisme dépouillé en constitue l'essence.
Parmi les arts du Zen, l'Art des Jardins est spécialement consacré par la conception (vers 1450) du Jardin Sec du Ryoan-Ji à Kyoto.

Parmi les arts du Zen, la Cérémonie du Thé est spécialement consacré par la construction en 1479 du Ginkaku-Ji (Pavillon d'Argent) à Kyoto dans lequel Ashikaga Yoshimasa va avec ses hôtes en définir les rites.

C'est à cette époque, à la fois chaotiques par sa barbarie (1467 guerre d'Onin puis guerres civiles des Sengoku jusqu'en 1603) et très raffinée par sa culture, que vit un légendaire Heki Danjo Masatsugu (env 1443-1502) qui aurait eu une révélation vers 1482 sur la manière d'utiliser l'Arc, qu'il baptise Hi-Kan-Chu. Après avoir étudié plusieurs façons de tenir et de tendre l'Arc, il réalise une synthèse des techniques développées durant les guerres des Sengoku, découvre une nouvelle méthode de tir, d'une précision dévastatrice et qui va révolutionner le tir à l'Arc japonais. les Samouraïs comprennent les nouvelles possibilités de ce style de tir qui se répand rapidement: Heki Ryu était né.

Heki Danjo Masatsugu

Heki Danjo transmettra ses secrets à Yoshida Shigekata dont les successeurs formeront leur propres Ryu qui avec le temps s'éleveront jusqu'à une douzaine.

Certaines sont bien connus : Sekka-Ha, Insai-Ha, Dosetsu-Ha,.. Ces Heki Ryu furent désignées comme "nouvelles écoles" pour les distinguer des Henmi Ryu, Takeda Ryu ou Ogasawara Ryu qui détenaient une place prédominante jusque là.

Heki Danjo Masatsugu enseigne le tir à l'arc à Yoshida Shigekata

Heki Yazaemon Noritsugu (1394-1427). de Iga (actuelle préfecture de Mie), fonde Chiku-Rin Ryu qui formera avec les autres écoles Heki (nouvelles écoles) l'un des deux grands courants du tir à l'arc au japon. 
Cette école Chiku-Rin se distinguera (au cour de la future période Edo) particulièrement et de manière très active durant les grandes années du Toshiya (concour de tir très longue distance dans le corridor du Sanju-Sangendo, le temple des milles Bouddha à Kyoto).

***

 Une grande tournure s'opère à partir de 1543 avec l'arrivée de navires portugais qui introduisent au Japon les premières armes à feu. Suivra quelques années plus tard le début de la Christianisation du Japon. Un Daimyo Oda Nobunaga prennant le pouvoir et mettant ainsi fin au Shogunat Ashikaga se préoccupe enfin de l'unification du pays. Il est le premier à utiliser intensivement les armes à feu au cours de la bataille de Nagashino qui verra sa victoire et la suprématie des armes à feu sur les armes blanches. Ce nouvel épisode sanglant marque le début de la fin de l'usage de l'Arc sur les champs de batailles.

Tomotomi Hideyoshi, un des généraux de Oda Nobunaga, lui succède en 1582, et poursuit la réunificationdu pays commencée par son prédécésseur. Il réutilise des vieilles recettes, manifestant son attachement à la cour impériale et reprenant à son compte le titre de Kampaku (Régent de Majorité) porté par les Fujiwara. Expulsion et premières persécutions des Chrétiens considérés comme une menace pour le pays. La paix s'installant, il canalise les ardeurs belliqueuses des militaires dans une campagne d'invasion de la Corée qui va échouer.

Ieyasu Tokugawa, un de ses vassal lui succède. Il tenait son quartier général dans le petit village d'Edo qui deviendra la future Tokyo. En 1603 il prend le titre de Shogun et fait de Edo sa capitale politique. Avec lui et sa famille, qui va lui succéder, une nouvelle ère de paix durable va s'installer. Son avènement marque la fin de la longue et douloureuse période féodale. 

La période intermédiaire

Paradoxalement, les successeurs de Ieyasu Tokugawa qui partagent son rêve de stabilité et qui parviennent à lui donner corps à travers un régime politique nouveau ne l'obtiennent qu'au prix d'une gouvernance totalitaire absolue. L'oeuvre de pacification intérieure et extérieure ne prend forme qu'à travers un encadrement rigide de la vie sociale, de l'étouffement impitoyable de toute forme d'initiative et de toute évolution novatrice. le système institué par les Tokugawa se signale par son extrême conservatisme. Ce régime verra entre autre l'extermination des derniers Chrétiens, l'interdiction à tout sujet japonais d'émigrer, l'interdiction à tout sujet japonais installé à l'étranger de regagner le pays, la mise en place d'une importante et efficace police secrète qui deviendra l'organe principal de l'Etat.
L'introduction à la cour dès 1608 de Arai Hakuseki, un érudit confucéen, va influencer considérablement l'orientation du régime dans sa rigueur et dans son efficacité administrative. Par ailleurs, plusieurs générations de Samouraïs vont se former à cette école de pensée et de philosophie et contribuer ainsi par leur enseignement à sauvegarder la vie intellectuelle du Japon menacée d'étouffer par les contraintes du système politique et social.
De la rencontre des préceptes confucéens et des valeurs guerrières traditionnelles va naître un nouveau code du guerrier, qui prendra le nom de Bushido et qui été déjà un code accompli dès le XIIème siècle. Le confucianisme de Edo apporte à cette 'nouvelle' voie du Guerrier une codification plus rigoureuse. Destiné aux samouraïs désoeuvrés par la Pax Tokugawa, ce nouveau code rédigé par Taïra Shigesuke sera plutôt un manuel de comportement mental et moral hautement théâtral dans cette société nouvelle.
Sur le plan culturel va naître et se développer, entre autre, le théâtre Kabuki, l'art du Haiku, l'art de l'Ukiyoe (l'estampe japonaise).
La fondation du Kabuki est attribuée à Izumo no Okuni (env 1572-1613), Miko au Sanctuaire Shinto d'Izumo. L'ayant quitté, elle se fait connaître à Kyoto pour son interprétation sensuelle de danses religieuses et son jeu théatral original et marginal qui vont faire son succès ; et dans lequel des éléments dramatiques sont intégrés à la musique et à la danse.
Le Haïkaï ou Haiku est une forme évoluée plus courte, de dix-sept syllabes, du Tanka paru au VIIème siècle, et qui comporte 5, 7, 5 syllabes. La paternité en est attribuée au Poète Zen Bashô Matsuo.
L'Arc, qui depuis l'usage des armes à feu avait perdu son rang privilégié au combat, était tombé en désuétude, et de fait, conforté par cette nouvelle ère de paix, avait été relégué à l'arrière plan.
Des moines Zen l'avait repris comme support de méditation en action.
De leur côté les Samouraïs fidèles à leur racines tentent d'en restaurer l'intérêt en instituant le Tôshiya le concours annuel du Temple Sanjusangendo (le Temple des Mille Bouddhas) à Kyoto, consacré à la déesse Kannon.
Kannon ou Kuan Yin (Chinois) est l'aspect féminin du Bodhissatva Avalokitesvara (Sanscrit) ou Tchenrezi (Tibétain) incarnation de la Grande Compassion. Il est sans doute le plus vénéré, le plus populaire et le plus pratiqué des Grands Bodhissatvas du Mahayana et du Vajrayana.
L'épreuve du Tôshiya était régulièrement tentée par des Samouraïs préparés et entrainés qui y risquait leur vie. En position assise ils devaient en une journée tirer le plus grand nombre de flèches à travers les cent vingt cinq mètres environ du corridor extérieur du Temple sur une cible placée à l'autre bout. Deux archers célèbres y ont fait la légende.
D'abord Hoshino Kanzaemon, qui voulant devenir le meilleurs archer de son temps pour relever le Tir à l'Arc, traverse tout le pays pour en apprendre la technique. Son record sera de 8000 touchés sur 10542 flèches tirées.
Dix sept ans plus tard, en 1696, Wasa Daihachiro au cours de l'épreuve commet l'erreur de faire une pause qui va entrainer la congestion de sa main d'arc. Reprenant ses tirs, il n'est plus capable de faire traverser le corridor à ses flèches. Un vieux Samouraï s'approche alors lui reprochant de s'être arrêté. Il lui entaille la main gauche et fait sortir le sang en excès. Après avoir repris ses forces Wasa Daihachiro bat le record de son prédécésseur avec 8133 touchés sur 13053 flèches tirées. Il apprendra plus tard que ce vieux Samouraï discret n'était autre que son concurent Hoshino Kanzaemon.
De nos jours cette épreuve qui est devenu un concour de tir Enteki, c'est-à-dire sur une distance de 60 mètres, se déroule au printemps dans la cour longeant le temple. Les meilleurs archers du Japon s'y rassemblent chacun devant tirer le maximum de flèches en 24 heures.

Il s'y déroule aussi au nouvel an le traditionnel tir de la Première Flèche de l'Année, tradition qui date de l'époque Edo. C'est un Rituel sous forme Enteki (distance 60 mètres) dans lequel chaque archer tir Une flèche en direction d'une grande cible. Il se déroule le dimanche le plus proche du 15 janvier.

Dans la seconde moitié du XVIIème siècle le Tir à l'Arc va se populariser et les Samouraïs vont le voir s'écarter de leur seul usage. Parallèlement le tir de cérémonie va devenir prépondérant.
Vers 1660 Morikawa Kozan fondateur du Yamato Ryu moderne va pour la première fois utiliser le terme Kyudo, composé de l'idéogramme de l'Arc, Kyu et de l'idéogramme de la Voie, Do. Dès lors l'Art de l'Arc s'engage officiellement dans une considération spirituelle de sa raison d'être.
.
Le japon va évoluer vers la modernité et s'ouvrir finalement à l'occident et au monde par la force des choses. Les Tokugawa vont restituer le pouvoir à la famille Impériale et mettre fin ainsi au Shogunat institué depuis la fin du XIIème siècle. Avec la proclamation de la "restauration de l'ancienne monarchie" en 1868 le Japon rentre officiellement dans l'ère Meiji et le monde moderne.

Bien que Ogasawara ryu et Heki Ryu aient subsisté, elles perdent à cette époque leur vivacité d'autrefois.

 

 

 

 

 

Au tournant du XIXème siècle Toshizane Honda (1835-1917), professeur de Kyudo à l'Université Impériale de Tokyo combine des éléments du tir de cérémonie formelle de Ogasawara Ryu et des techniques de Heki Ryu pour créer une méthode hybride qu'il enseigne à ses étudiants. Il maintient la tradition de Chikurin Ryu en modifiant la position du tir : de Shamen Uchiokoshi à Shomen Uchiokoshi. Malgré les protestations des Ecoles Traditionnelles, il continue d'enseigner son style original à ses élèves. Son enseignement s'étend en dehors du système universitaire et trouve la faveur du grand public sous la forme de Honda Ryu. Il est reconnu aujourd'hui comme ayant été l'un des Maîtres les plus influents de l'époque moderne, responsable de l'orientation moderne du Tir à l'Arc japonais et de sa survivance. Il enseigna à beaucoup d'excellents archers tel que Kenzo Awa qui développera l'aspect spirituel du Kyudo à travers le Daï Shado Kyo, la Pratique du Grand Tir Intérieur.

Parallèlement Chikurin Ryu se développe dans la préfecture d'Aichi par Tsunemasa Tomita (qui aura Bune Uozumi comme élève) à travers la tradition de Bishu Chikurin Ryu et dans la préfecture Wakayama par Yozaburo Uno à travers la tradition Kishu Chikurin Ryu qui ne se maintiendra pas.

Toshizane Honda Sensei

En 1930 les diverses Ecoles de Tir sont invitées à participer à l'élaboration d'une règlementation. Le défi est difficile à relever et abouti à un semblant d'accord en 1934, prémice du Kyudo moderne.

En 1949 les autorités d'occupation autorisent la création de la Zen Nihon Kyudo Renmei pour fédérer le Kyudo dans le pays. A partir des apports de certaines Ecoles Traditionnelles une méthode nationale est codifiée et donne la possibilité d'offrir un support d'enseignement solide au Kyudo tout en stimulant son développement aussi bien dans le pays que dans le reste du monde. C'est un grand progrès. C'est aussi une grande ouverture dans la vision mais qui ne se réalise pas obligatoirement tout le temps et partout dans l'application, en raison de la raideur et de la rigidité qu'impose cette codification très confucéenne de Edo interprétée à l'extrême. Aussi, dans la nature bien faite des choses, les grandes Ecoles Traditionnelles continuent elles aussi à se développer parallèlement, au bénéfice de tout le monde... Ainsi notre Kyudo moderne sourit de vivre.
 

A propos des Miko

 Les Miko sont les officiantes, danseuses, gardiennes,assistantes des Prètres et Sanctuaires Shinto. Parfois Prêtresses elles-mêmes, leurs fonctions multiples sont toujours rattachées aux Rituels et Cérémonies.

A l'origine elles rapportent les prophéties et les paroles des Kami avec lesquels elles entrent en communication, et sont par là comparables aux Pythies de Delphes dans la Grèce Antique.
Elles sont traditionnellement vêtues d'un Hakama Rouge Ecarlate par dessus un Kimono Blanc, et portent des Tabis Blanches.
Dans la littérature elles sont Héroïnes combattant les esprits mauvais.
Il est intéressant de remarquer que cette littérature décrit aussi les Kuro Miko ou Miko ténébreuses, leurs équivalentes maléfiques, qui sont vêtues plutôt de noir, de doré et d'un rouge sombre.

La Lignée des Kanjuro Shibata

Cette Maison transmet de manière ininterrompue l'Art de l'Arc devenu l'Art du Kyudo à travers Heki Ryu Bishu Chikurin Ha.
Au milieu du XVIème siècle, Munekazu Shibata vivait sur l'île Tanegashima au large du Kyushu et servait, ainsi que ses ancêtres, le clan Shimazu en tant qu'Archers et Facteurs d'Arcs sous le titre de Yumishinan ou Maître d'Arc.
En 1574, il part pour la capitale Kyoto où il sert d'abord le clan Tokugawa (ère Edo 1603-1868). Il reçoit alors du Shogun le titre plus honorifique de Onyumishi ou Maître et Facteur d'Arc, et prend le nom de Kanjuro Shibata, Premier de la lignée. Depuis, chaque génération de Shibata Onyumishi reçoit le nom de Kanjuro et continu à servir le Shogunat et la noblesse durant la période Tokugawa. C'est à cette époque que prit naissance le rite du Hama Yumi, (l'Arc destructeur du mal) Arc Sacré utilisé au cours de cérémonies Shinto et Bouddhistes de purification (Shihobarai, la purification des quatre directions), dont les Kanjuro Shibata font aussi la facture.
En 1877, Kanjuro Shibata XVIII devient le Facteur d'Arcs Officiel de la famille et de la cour Impériale du Japon dont le pouvoir est restauré, c'est l'ère Meiji. Par le fait il est responsable de la fabrication du Goshinpo Yumi, Arc Sacré utilisé pour la purification et la consécration de l'Autel d'Ise, le Temple principal de la tradition Shinto, qui a lieu tous les vingt ans. En 1883, il fonde le Taiyusha, un Kyudojo, lieu de pratique du Kyudo, à Kyoto. Les Kanjuro Shibata sont également Maîtres de la branche Bishu Chikurin Ha de l'école Heki (Heki Ryu) de Kyudo.
C'est à l'âge de huit ans que Yoshimune Kanjuro Shibata XX, commence l'apprentissage du Kyudo et la fabrication des Arcs avec son grand-père Muneshige Kanjuro Shibata XIX dans l'Atelier familial à Kyoto. En 1959, au décès de son grand-père, il reçoit le titre d'Onyumishi avec pleine responsabilité pour fabriquer les Arcs, enseigner le Kyudo, et exécuter le Goshimpo Yumi ; il devient dès lors le Maître de la Lignée et du Taiyusha Kyudojo à Kyoto. En 1969 il reçoit la nomination de Trésor National Vivant. Il commença à entraîner Nobuhiro, l'époux de l'une de ses filles, dans l'art du Kyudo et de la fabrication des Arcs comme son grand-père l'avait fait avant lui.
En 1994, il demande à son Fils Nobuhiro d'assumer le nom des Kanjuro Shibata et de la Lignée, un événement exceptionnel (le dix-huitième Kanjuro Shibata était lui aussi entré dans la famille). Bien que restant le Maître (Sensei) de la Lignée, il lui transmet officiellement, ses charges de Facteur d'Arc Impérial et Maître d'Arc. Celui-ci reçoit alors le titre de Kanjuro Shibata XXI Onyumishi, cet événement coïncide avec sa première offrande du Goshimpo Yumi au Temple d'Ise.

Le Shigetô no Yumi

Parmi les Arcs à la fonction Sacrée, au symbolisme puissant et à l'application tangible vivante, existe aussi le Shigeto-no-Yumi (Arc Tressé de Rotin), l'Arc de Paix et d'Unité.
L'histoire rapporte que Oda Nobunaga remis pour la première fois un Shigeto-no-Yumi comme symbole de Paix et d'Unité à un des seigneurs qu'il venait de soumettre militairement. Le symbolisme est fort puisque par ailleurs c'est lui qui avait commencé à utilisé des mousquets dans les batailles. Ainsi, par ce geste L'Arc perdait sa fonction destructrice pour devenir une fonction créatrice, celle de son origine. Cet Arc de l'unité nationale devint ainsi un manifeste de Oda Nobunaga et de ses partisans. Il est exposé dans les maisons et sur les lieux de travail pour stimuler le Courage, l'Honneur et la Dignité du "Guerrier de la Paix".
L'Arc est entouré de rotin sur toute sa longueur et qui opère de soixante-quatre tours représentant les soixante-quatre provinces du Japon réunifié.
Analogiquement, il représente également un symbole plus vaste et plus universel qui est celui des Soixante-quatre Hexagrammes du Yi-King, le livre des Transformations.
Les Hexagrammes sont la combinaison par huits possibilités chacuns des huits Trigrammes de base, donc 8 est la racine carrée de 64. Chiffre hautement symbolique dans la tradition, il est aussi celui de l'infini.
Ainsi son usage réactualise sa mémoire.
En accord avec le principe que la Connaissance est Universelle et ne peut en aucune manière n'appartenir uniquement qu'à des instances privées et encore moins confidentielles, toutes les informations et images de ce site sont considérées comme du Domaine Public et ne font l'objet d'aucun Copyright. En conséquence de quoi chacun peut en user Ethiquement à volonté et sans nuisance pour autrui.
Avec tout nos remerciements en particulier à Wikipédia pour les informations et très belles images que ce site diffuse dans le Domaine Public.
Ainsi qu'à Patrick, à Eddie, à Elle restée anonyme et aux Autres.
Un grand Merci également à Kanjuro Shibata XX Sensei et Onyumishi pour son Enseignement et sa Vision Eclairée.
Et à son Fils Héritier pour son Enseignement et la qualité spéciale de ses Yumi.

PARIS JUIN 2010, pour servir et valoir ce que de Vrai, de Bien, de Beau.

Comment nous joindre

kyudoaparis@gmail.com
  

Paris

Téléphone : 07 82 51 33 05

Actualités

Retrouvez dès à présent sur notre site Web toute l'actualité du club.

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
KYUDO le tir à l'arc japonais à PARIS